Google envoie des puces IA en orbite avec le projet Suncatcher
Google s'apprête à lancer le 1er octobre un satellite expérimental baptisé MVP depuis la base de Vandenberg, à bord d'un Falcon 9 de SpaceX. À son bord : quatre puces TPU (Tensor Processing Units), les processeurs maison de Google conçus pour les calculs d'intelligence artificielle. C'est la première fois que ce type de matériel est mis en orbite, et l'enjeu dépasse le simple test technique — il s'agit de vérifier si le calcul IA peut fonctionner directement dans l'espace.
Le projet
Project Suncatcher est le nom de code de l'initiative. Le satellite MVP embarque quatre TPU Trillium dont la puissance combinée équivaut à peu près à celle d'un serveur de centre de données classique, alimenté par des panneaux solaires d'environ 1 kW. Google prévoit de l'utiliser pour traiter de simples requêtes IA pendant un an, le satellite devant rester en orbite six ans au total.
Deux obstacles techniques dominent la mission. Le premier : les radiations cosmiques, qui provoquent des bit flips — des inversions aléatoires de bits en mémoire. Google a testé ses puces Trillium dans un faisceau de protons à 67 MeV : elles ont supporté une dose de radiation trois fois supérieure à ce qu'on attend sur cinq ans de mission. En cas d'anomalie en vol, le protocole prévu est simple : redémarrer. Le second défi est le refroidissement. Dans le vide spatial, les méthodes classiques d'évacuation de la chaleur sont inopérantes. Google a développé un système de couches thermoconductrices qui ne peut fonctionner qu'environ 15 minutes avant de devoir laisser les puces refroidir.
We’re taking AI to space with @Google. ?️ Project Suncatcher explores putting AI compute in orbit, powered by the sun. Soon, we’ll be sending our first satellite into space to start testing that idea. It’s a new approach to AI infrastructure. Check out a behind-the-scenes look with the Planet team and our Chief Space Officer, James Mason, featured in @nytimes: https://t.co/d6ko08ZpgJ
— Planet (@planet) September 24, 2026
L'ambition à long terme
Google reconnaît que des centres de données orbitaux à grande échelle sont encore loin. Deux satellites supplémentaires sont prévus en 2027, avec des liaisons laser inter-satellites à la clé. L'objectif final est une constellation d'environ 80 appareils d'ici le milieu des années 2030 — à condition que le coût de lancement descende sous les 200 $/kg, seuil jugé nécessaire pour la viabilité commerciale, selon The Decoder.
L'intérêt du spatial : en orbite, les panneaux solaires captent jusqu'à huit fois plus d'énergie qu'au sol, sans les contraintes de réseau électrique qui pèsent déjà sur les centres de données terrestres en Europe. Google collabore avec Planet Labs et s'appuie sur le programme de covoiturage orbital Transporter de SpaceX pour limiter les risques de ce premier test.
Côté européen, aucun partenaire — ni Thales Alenia Space, ni OVHcloud — n'est associé à Suncatcher. Les questions de juridiction sur les données traitées en orbite, pourtant au cœur du débat sur la Googlebook OS : Google efface la frontière entre smartphone et PC, restent entières. Le Blog Google Research détaille les spécifications complètes de la mission.